Bonjour,
Dans le contexte des élections à venir, ce cahier a lambition dêtre transversal dans ses thématiques et bref dans sa forme. Il doit pouvoir circuler facilement sous forme papier comme sous forme électronique et pouvoir être approprié par des lecteurs variés. Les doléances recueillies répondent au texte dappel que nous avons pris linitiative de rédiger et qui nous semble correspondre à une situation présente où lhorizon fermé est à la fois annoncé comme crise mais abandonné à tout investissement imaginaire.
La formule « Soyons réaliste, demandons limpossible », est une manière de ressaisir cette crise en disant nos doléances, nos griefs face à la cruauté du pouvoir afin de fabriquer un autre horizon commun. Dire là où ça ne va pas, là où ça ne va pas bien, là où ça souffre et se plaint, afin délaborer dans ce pays, à nouveau, un imaginaire politique.
Si cela vous semble possible, rédigez une doléance liée à votre expérience professionnelle, soit collectivement , soit à titre personnel, une doléance liée à votre expérience civique, une doléance liée à votre expérience plus personnelle
Chaque doléance ne devra pas excéder 15000 signes et pourra nêtre constituée que dune page ou même dune phrase. Aucun sujet nest hors sujet.
Vous pouvez envoyer vos doléances
à notre adresse email. Quand nous en aurons rassemblées trente, nous commencerons à mettre le projet à disposition du public sur le web et préparerons la publication papier dun « cahier modèle ».
Le Tambour des doléances, Comité de rédaction pour le recueil des doléances.
courrier@letambourdesdoleances.org
Ici nul roi ne convoque des États Généraux. Nous sommes, dit-on, le peuple souverain, celui dune démocratie, mais nous sommes un étrange souverain à qui lon propose de choisir des candidats aux élections en le privant régulièrement de débats qui devraient donner du sens à la représentation.
Alors, pourquoi ne pas réécrire les doléances, ces cahiers de doléances ? Nous les appelons dans lidée dune certaine souveraineté à venir et cela justement, au-delà de la notion de souveraineté, du peuple au peuple, du peuple vers nos supposés représentants, du peuple vers des partis politiques qui semblent désespérément et trop souvent satisfaits de confisquer le pouvoir sans maintenir léchange, les valeurs ou vertus de travail, de courage, de volonté qui devraient être au cœur de lattitude dun représentant digne de ce nom.
Crise de la représentation.
Crise du travail politique.
Crise de lécoute politique.
Crise de la connaissance politique.
Et ces crises, cette crise nest pas une
crisis, une crise passagère et surmontable, elle en appelle, pour être dépassée à la raison (qui ne serait pas toujours celle du plus fort), aux savoirs, aux origines de cette même crise, savoirs trop souvent dérobés, confisqués, atténués par les souverainetés instituées en pouvoirs légitimes ou en contre pouvoir tout aussi institués. Cette crise, ces crises sont cruelles. Elles font souffrir au quotidien, au travail, dans les entreprises, dans la rue, elles excluent, tyrannisent, harcellent le corps social et politique le réduisant à une masse de consommation et dignorance programmée.
Aussi il faut dire à nos représentants à venir, de bien vouloir daigner faire connaissance avec cette « autre souveraineté », celle dun peuple souffrant et dédaigné. Rédiger un cahier de doléances ne consistera pas à produire une supplique mais bien à se donner les moyens de refaire une Cité.
Ce mot « doléance » appartient à la même famille que celui de douleur et de deuil (
dolere) et exprime une idée de tristesse et de plainte. La doléance serait lacte qui consiste à politiser la plainte, à lui donner sa puissance active, craignant le pire, sentant quil y a lieu de le craindre. Le moment serait-il venu de lexprimer au seuil, peut-être, de lirréversible ?
Un cahier de doléances pour battre en brèche une politique de la pitié et faire advenir une politique de la justice soit une politique du possible de limpossible qui fasse événement où le corps sensible nest pas malheureux et victime, mais sensible à ce qui est juste et à ce qui est injuste.
Il sagit bien ici de rendre justice au corps souffrant de notre civilisation atteint sans quaucune médecine, même des plus sophistiquée, ne vienne apaiser limpact des mensonges institués, fondement dune politique destructrice programmée, du bien commun méprisé.
Il sagit ici de faire appel à témoin, de témoigner, cest-à-dire de tenter de traduire une expérience, de dire sa vérité au risque de se tromper, avant que la possibilité même de témoigner ne disparaisse sous couvert dexpertise et dintelligence artificielle.
On peut, croyons-nous, se plaindre dinjustices même si elles ne portent pas directement atteinte à notre propre corps. On peut se plaindre dinjustices qui affectent le corps en ricochet, on peut avoir mal de la politique en étant ou sans être « sans papier », « chômeur », « affamé », « sans logis ». On peut souffrir de la politique sans être une victime désignée comme telle, on peut souffrir de voir, simplement voir, une politique être menée. On peut souffrir de voir des outils détruits, des lois bafouées, des principes ignorés.
De quelle autorité parle la doléance ? De lautorité de lépreuve des jours, de lautorité dune connaissance qui serait nouée à cette épreuve sensible constante qui affecte les corps pensants à linsu, une connaissance qui reste insoupçonnée malgré la fatigue, la répétition, malgré le poids du déni, malgré linformation qui nous bombarde, malgré les écrans qui nous accaparent, une connaissance par rencontre des corps, connaissance de soi, connaissance de lautre, connaissance du monde, qui na rien de virtuelle.
Elle est souvent arcboutée au travail, à des bribes de savoir, à des lectures, à des histoires, à des mots qui séchangent, malgré tout quand il reste encore un peu de disponibilité pour écouter, tendre loreille, une oreille curieuse ou compatissante, une oreille rêveuse ou maussade, une oreille attentive.
Cest alors lintimité du sentiment de la justice et de linjustice qui permet à quiconque de déplacer limpossible, dinterpréter les situations politiques et dagir sur elles en se référant à la nécessité de résister à loppression.
Le lien politique amical consiste ici à tenter de traduire des expériences sensibles à légard du juste et de linjuste. Il nous semble juste de dire nos doléances pour produire la liberté politique dans un processus qui arrache les corps souffrants à leur condition et faire en sorte que chaque citoyen soit vraiment convoqué à participer à lélaboration de la loi comme bien commun.
Soyons réalistes, demandons limpossible.